En 2025, les administrations publiques ont dépensé 153 Md€ de plus qu’elles n’ont perçu. Quelqu’un a prêté cette somme : les ménages et les entreprises françaises d’abord, et le reste du monde, qui détient aujourd’hui 57,5 % de la dette négociable de l’État.
57,5 %de la dette de l’État détenue hors de France (T1 2026)
17,4 %taux d’épargne des ménages (T1 2026)
-0,4 %du PIB : solde courant avec l’extérieur en 2025
-30 %du PIB : ce que la France doit, net, au reste du monde (2025)
Les quatre caisses
Ce que l’État emprunte, quelqu’un le prête
Imaginez la France comme une maison à quatre habitants : les familles, les entreprises, l’État et les voisins, c’est-à-dire le reste du monde.
À la fin de chaque année, chacun fait ses comptes. Soit il a dépensé moins qu’il a gagné, et il lui reste de l’argent. Soit il a dépensé plus, et il lui en manque. Celui à qui il manque de l’argent l’a forcément trouvé chez quelqu’un à qui il en restait. Dans la maison, ce qui manque aux uns est toujours égal à ce qui reste aux autres.
2024, en euros
Cette année-là, la France a produit environ 2 950 milliards d’euros.
L’État : il lui manque 5,8 % du PIB, soit environ 170 milliards d’euros.
Les familles : il leur reste 5,9 % du PIB, soit environ 175 milliards d’euros.
Les entreprises : à l’équilibre, à peu près : les sociétés non financières avaient 1,3 % du PIB en trop, le secteur financier, banques et assureurs, en manquait de 1,3 %.
Les voisins : rien : ils n’ont pas eu à prêter.
Les 170 milliards d’euros qui manquaient à l’État, c’est l’argent que les familles avaient mis de côté. Les voisins, eux, sont à zéro : pas parce qu’ils n’ont rien prêté, mais parce que ce qu’ils ont prêté à la France et ce que la France a placé chez eux se compensent. En net, cette année-là, le pays n’a pas eu besoin de l’épargne étrangère.
Une barre n’est ni un revenu ni un profit. C’est ce qui reste à chacun une fois qu’il a dépensé et investi. Une entreprise qui gagne beaucoup et investit autant finit à zéro, comme une famille qui épargne 20 000 € et achète pour 20 000 € de travaux.
Comment lire le graphique : au-dessus de la ligne, la capacité de financement, c’est-à-dire « il m’en reste » ; en dessous, le besoin de financement, « il m’en manque ». Une couleur par habitant. Chaque année, ce qui dépasse en haut fait la même hauteur que ce qui descend en bas. Les années ombrées sont celles où les voisins ont prêté. Survolez une barre pour lire le détail.
Capacité (+) ou besoin (−) de financement, % du PIB
-10-8-6-4-20+2+4+6+8+10
Crise financièreCovid-19
199520002005201020152020
Les familles
Les entreprises
Les voisins (reste du monde)
L’État (administrations publiques)
Années où la France emprunte à l’étranger
Avant 2009, l’orange est en bas. Les familles et les entreprises mettaient assez de côté pour l’État, et la France prêtait même aux voisins (-1,6 % du PIB par an en moyenne).
De 2009 à 2019, l’orange passe en haut. L’épargne des familles et des entreprises ne suffit plus : les voisins prêtent la différence, 0,4 % du PIB par an en moyenne. C’est l’autre visage du déficit commercial.
En 2020, le Covid. L’État emprunte 8,9 % du PIB ; les familles, confinées, en épargnent 6,9 % ; les voisins apportent 1,9 %.
Depuis 2021, les familles épargnent beaucoup, les voisins presque plus rien en net (+0,4 % par an), et l’État emprunte encore 5,6 % du PIB par an.
Comptes nationaux, Eurostat : capacité ou besoin de financement par secteur. Publiés avec un an de retard sur la dette : dernière année 2024.
Avec l’extérieur
Un déficit de biens, un excédent de services
La France achète à l’étranger plus de biens qu’elle n’en vend : -1,9 % du PIB en 2025, soit -58 Md€, surtout de l’énergie et des produits manufacturés. Elle vend plus de services qu’elle n’en achète : +1,5 % du PIB (45 Md€), tourisme et services aux entreprises en tête. Avec les revenus du capital et du travail, le solde courant s’établit à -0,4 % du PIB : c’est, à peu près, ce que le reste du monde a prêté à la France dans l’année.
Soldes, % du PIB
19992025
BiensServicesSolde courant
Balance des paiements, Eurostat et Banque de France, depuis 1999.
Le compteur cumulé
Ce que la France doit au reste du monde
Année après année, ces soldes s’additionnent. Fin 2025, les engagements de la France envers l’étranger dépassaient ses avoirs de 30 % du PIB. La Commission européenne considère qu’au-delà de 35 % du PIB, la situation mérite un examen.
Position extérieure nette, % du PIB
Seuil de surveillance UE : −35 %
19992025
Position extérieure nette, Eurostat (tableau de bord des déséquilibres macroéconomiques).
Qui détient les titres
57,5 % de la dette de l’État est détenue hors de France
Au 31 mars 2026, 57,5 % de la dette négociable de l’État (dette négociable de l’État, en valeur de marché) étaient détenus par des non-résidents : fonds, banques centrales, assureurs et banques étrangers. Le reste est entre les mains d’assureurs, de banques et de fonds français, et de la Banque de France, qui avait acheté des titres de 2015 à 2022 dans le cadre des programmes de la BCE et en détient de moins en moins depuis.
Des prêteurs nombreux et variés, en France et ailleurs, prêtent à des taux plus bas qu’un marché fermé. L’euro évite le risque de change qui pèse sur les pays endettés dans une monnaie étrangère. L’épargne française, abondante, reste un socle.
Ce que ça expose
Plus la part étrangère est grande, plus le taux exigé dépend de l’humeur des marchés et des agences de notation, et moins il dépend de choix nationaux. Et même les années où le pays n’emprunte rien à l’étranger en net, l’État, lui, place une large part de ses nouveaux emprunts auprès d’investisseurs étrangers : c’est l’épargne française qui, en face, part se placer ailleurs.